Affichage des articles dont le libellé est interview. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est interview. Afficher tous les articles

samedi 23 février 2008

BEAT TORRENT ... Nouvelles vidéos


Trois nouvelles vidéos dispo sur la toile. La première est un interview de pfel et atom suivi d'un extrait de leur show en live. La deuxième est un beatjugglin de pfel. Et la troisième est une vidéo réalisée par TonyTruand sur le live du remix de daft punk!
N'hésitez pas à aller faire un tour sur leur myspace :
http://www.myspace.com/beatorrent , il y a plusieurs mix à télécharger, et remix à écouter (le nouveau de robot rock des daft punk est énorme)...






jeudi 6 septembre 2007

Wilfrid De Baise ... l'interview!


Vous avez toujours révé de la mise à nue du président du DMC france? La voici! Merci à Style de Hand-Control...

****************

HC: Nous te voyons sur beaucoup de fronts dans le milieu, certains t'appellent même PRESIDENT (rappelons que tu es le président des DMC), mais aujourd'hui tu es presque devenu le « président » de tous les DJ's. Une fierté d'en être arrivé là? Peux-tu nous expliquer brievement ton parcours ?

Déjà je ne comprends pas pourquoi tout le monde ne m'appelle pas encore président alors que je me suis élu moi même à ce poste depuis 1988?! A noter que tout ceci est venu d'un article de presse d'un vieux magasine disparu depuis, me nommant alors "l'empereur des DJ's", mais n'étant pas d'un naturel prétentieux j'ai décidé alors de me nommer président à vie !
J'ai commencé en tant que DJ à Oxford en 77, j'étais alors meilleur DJ de mon village et j'ai malheureusement échappé aux DJs Star System quand celui-ci est arrivé en Angleterre. A mesure que les DJs anglais devenaient des STARS internationales ma carrière, elle, se réduisait à jouer du rock, de la techno la plus pointu, du hip hop le plus hard, du reggae le plus Roots avec en interlude la Lambada, Claude François et la danse des canards! Pour ceux qui voudraient se moquer de la danse des canards, sachez jeunes gens que je fus le premier à le jouer en Angleterre, une version instrumentale 33T poussé en 45T qui faisait un excellent Pogo entre les Pogues, Les Jam et Les Clash.
Étant le seul journaliste (et oui j'étais un homme multi cartes !) français dans le magasine anglais MIXMAG qui appartenait alors à TONY PRINCE (créateur des DMC WORLD), celui-ci me demanda de m'occuper de la France, où le précédent représentant avait stupidement interdit à Dee Nasty de se représenter. Ceci avait ainsi créer la zizanie dans le peuple DJs Gaulois. Je vins donc sauver de cette tyrannie nos compatriotes. The Rest is History.


HC: Nous voilà à l'approche d'une nouvelle édition des DMC 2007.... Ça fait quoi après toutes ces années? Toujours autant d'engouement ?

Toujours plus d'engouement chaque année. La pression monte parce que l'on veut toujours aller de l'avant et c'est un kiffe tous les ans de découvrir de nouveaux talents et de voir la direction que prend le turnatblism'. À part une ou deux années de disettes, je n'ai que rarement été déçu. Même si il n'y avait que 90sec ou 6min d'exception, je serai satisfait et excité comme au premier jour. C'est un peu comme écouter toute la discographie d'un artiste dont on n'est pas particulièrement friand, mais qui peut nous faire pleurer avec juste un titre éternel.


HC: Comme chaque année avant même que l'event ait lieu, beaucoup de critiques fusent par-ci par-là, sur le net concernant l'organisation... On compare beaucoup l'organisation française avec d'autres comme celle du Japon par exemple où elle à tout l'air d'être une organisation béton!

Le Japon est depuis le début des DMC, le pays où TECHNICS sponsorise le plus les DMC locaux. À l'époque, il recevait déjà des sommes de plus de 20 000 Euros. En France, TECHNICS ne donnait même pas un cross Fader et les platines utilisées lors des championnats étaient achetées à TECHNICS après l'évènement avec un discount royal de -15%. Ceci explique peut-être cela...
Autre explication possible les DJ's en France sont chiants.
Exemple, quand je vois certains qui peuvent nous pourrir une battle en nous affirmant qu'il y a un problème de platine ou de table de mixage alors qu'après examen, le problème vient à 90% soit de la cellule, soit d'un disque mal pressé... Si j'étais plus intransigeant, il y a beaucoup de DJs qui seraient disqualifiés, mais je respecte trop le travail de ceux-ci pour ne pas leur donner une autre chance. Tout cela est aussi question de pression. Les DJ's participants fournissent avant l'évènement un travail considérable et subissent pour la plupart une pression insupportable.


HC: Comment expliques-tu ce manque de sponsoring en France ?

Il est historique. En fait, lors des premiers DMC, cet art appelé aujourd'hui « turntablism' » était apparenté directement au RAP. Or, lorsque nous allions chercher des sponsors la réponse fusait "on ne veux pas associer notre marque avec le RAP". À la fin, j'ai donc décidé que le DMC ne serait pas une entreprise viable mais une passion.


HC: Mais aujourd'hui les mentalités ont changé, surtout vis à vis de cette culture.... Alors pourquoi toujours ce manque de sponsoring?

Tu me parles de culture mais combien penses-tu qu'il y ait de Turntablist en FRANCE ?! Et penses-tu réellement que cela intéresse le public lambda?! Je n'ai pas le temps ni l'envie d'aller pleurer à la porte des grosses compagnies pour obtenir leur sponsoring.


HC: Oui, je pense réellement que le public lambda peut être intéressé par les DMC surtout lorsque je pense qu'à l'époque, cet événement était organisé dans des salles prestigieuses telle que l'Elysée Montmartre. C'était quand même loin d'être vide.

Foutaises! Tu vis dans le passé Mr.Style. Autant le public peut être intéressé d'aller voir Birdy Nam Nam, Netik, C2C... alors que le DMC, est une compétition technique destinée aux Dj's.
Moi-même, je ne supporte pas plus de trois ou quatre de ces évènements dans l'année.


HC: Alors tu veux dire par là que ce sont les participants qui au final ont fait fuir ce public ?

(Après une longue réflexion) Non, je dirais plus un concours de circonstances. Il y a de bonnes années, de bonnes coupes, de mauvais championnats et vice versa. Et des Scratch Boom d'enfer !!!


HC: Tu es directeur marketing international chez Ortofon. Et depuis l'année dernière, tu as permis d'apporter un price money pour chaque catégorie pour les championnats du Monde. Si mes souvenirs sont bons, avant tu n'étais pas très pour un Price money pour un championnat. Aujourd'hui c'est différent ?

Effectivement, j'étais encore un romantique. Cela dit, après avoir pris mes fonctions chez Ortofon, il fallait bien faire avancer le schmilblick ! Les compétitions internationales s'essoufflaient et j'ai pensé qu'il fallait redonner un élan nouveau au Turntablism'. De plus, je pense sincèrement que ce price money est une belle récompense pour le travail effectué mais qu'il n'est en aucun cas le but final. Dans 20 ans, Netik sera toujours aussi fier et heureux d'avoir remporté le titre de champion du monde DMC alors qu'il aura depuis bien des lustres (si ce n'est déjà fait maintenant !) oublié ce price money. Le bonheur qu'on peut lire dans les yeux d'un vainqueur n'est pas quantifiable. Le price money c est juste un dollar énorme qui fera un beau poster dans les toilettes.


HC: Comment les DJ's ont-il accueilli cette nouvelle ? Car en contrepartie, ils doivent obligatoirement utiliser des cellules ORTOFON.

Tout dépend du pays. Au Japon et en France, 80% utilisaient déjà du Ortofon. Aux US, pays de Shure, cela a été beaucoup plus difficile. Quant à l'Allemagne, cela ne leur a posé aucun problème. Je dirai que les DJ's ont compris que sans l'argent apporté par Ortofon (là je parle de Sponsoring général et pas seulement de price money DMC), les battles internationale auraient subit le même sort que les ITF, BeatDown et autres Vestax battle, c'est à dire la mort.
Le fait de devoir utiliser des cellules Ortofon est peu cher payé. D'autant qu'elles sont excellentes.


HC: En même temps c'est un peu normal de dire cela en tant que directeur Marketing chez eux....non?

Ce sont les DJ's qui le disent, pas moi. Ce qui ne veut pas dire que je ne trouve pas bonne les M44-7.
Quand je vois ce que peuvent accomplir les BNN's, C2C, Netik, et autres QBert, Rafik, Unkut ou Missill (dans un autre registre), je me dis vraiment que cette règle Ortofon n'est pas un problème en soit.


HC: Depuis l'arrivé de ce price money au DMC, il y a comme une nouvelle vague de challenge où les DJ's se reprennent la tête à vraiment travailler leur routine et set afin d'arriver moins "freestyle" en Championnat. Un peu comme ces dernières années où nous avions l'impression que le niveau n'était plus ce qu'il était et que les DJ's ne se prenaient plus vraiment la tête. Ce price money aurait-il contribué à remonter le niveau général des championnats ?

Je l'espère. Mais c est peut-être aussi juste une question de circonstance.
Crazy B est pour moi l'exemple type de quelqu'un qui a toujours élaboré ses shows au maximum et il n'y avait aucun price money, parfois même, pas de prix au championnat de France.


HC: Ton meilleur souvenir DMC France ?

En fait, c est plutôt MES meilleurs souvenirs DMC. Mais s'il ne fallait en garder qu'un seul, le retour gagnant à la coupe de France au Palace (ex-club mythique Parisien) de Dee Nasty. Après une longue standing ovation, Dee Nasty commence son set de 6min qu'il ne finira que 9min après. En effet, sous les hurlements de la foule (2500 personnes) il fut impossible de l'arrêter. Un triomphe comme j'en ai rarement vu pour celui qui est et restera notre parrain à tous.
D'autres moments clés des championnats de France. L'incroyable match nul entre Pone et D'jill. La non moins incroyable victoire d'un point seulement (sur 110 points) de Pone sur Kodh, la fantastique finale entre Crazy B et Doze à l'île de la réunion en 98, la victoire de Crazy B sur Mouss à Rouen dans un climat on ne peut plus hostile et enfin la victoire de Netik à Nantes où je fus obligé de prendre un demi lexomile pour calmer mon coeur tant l'émotion fût forte.


HC: Ton meilleur souvenir de DMC WORLD ?

Encore une fois plusieurs, mais celui qui restera à jamais gravé dans ma mémoire. La victoire des Birdy Nam Nam en 2002 consacrait des années de travail, d'efforts et de larmes avec Crazy B.
D'autres grands moments de bonheur avec C2C, Kodh et bien sure Netik.
Autre grand moment qui allait être malheureusement gâche quelques heures plus tard, la demi-finale à Rimini en 97 où les 3 compétiteurs dont j'avais la responsabilité, se qualifièrent tous pour la finale mondiale (Crazy B pour la France, Dj Momo pour le Maroc et Dj joss pour la Belgique).


HC: Ton pire souvenir ?

Justement cette Finale de 97' qui se termina en larmes pour toute la délégation française. Avec la défaite au combien cruelle de notre champion national Crazy B. J'ai du mal jusqu'à présent à écouter un disque de Kanye West et encore moins à aller le voir en Live même en étant invité en VIP. Je revois encore cette feuille voltiché des platines du dj canadien et je maudis la personne (le camera man il me semble) qui se permis malgré toute les règles déontologiques de lui remettre à sa place son "anti-sèche". Je maudis aussi cette femme admirable et belle qui aurait pu attendre quelques années de plus pour mettre bas a ce chenapan nommé A-Trak.
Il faut dire que cette soirée là je maudissais même Dieu. Pour ceux qui ne l'ont pas vu, ce championnat 97' restera mystique. Le bras de Dj MOMO saute dans tous les sens, mais au moment où on le croit perdu le diamant se repose à l'endroit exacte d'où il était parti et Momo dans un sourire radieux continu sa routine comme si de rien n'était.
Quelques minutes plus tard, sans aucune raison apparente, la cellule de Crazy B saute alors qu'elle aurait du rester collée au fond du groove.
Des larmes suivront.
Ah si seulement Crazy B avait été jusqu'au bout de mon plan et coupé sur le disque, avec un couteau équisé, son petit doigt qu'il aurait jeté nonchalamment dans un bain de sang à la tête du jury. Non je ne délire pas, mais quand on décide de conclure sa routine en rejouant au pitch la musique du Parrain, il faut aller jusqu'au bout de ses idées Mr. Crazy B, parce que a l'heure actuelle ce petit doigt que tu as voulu protéger à quoi te sert-il vraiment ???


HC: Le Scratch en général a pris une tournure plutôt intéressante musicalement. Es-tu de cet avis ou au contraire, y a-t-il encore du boulot pour arriver à quelques choses d'intéressant !?

Les groupes comme Birdy, C2C, Fresh Dope et maintenant Scratch Science, Pulpalicious, Scratch Bandit Crew ont révolutionnés le turntablism internationale. Ces groupes n'en sont encore qu'à leur prémices d'autres viendront encore. Cela ne fait que commencer.


HC: Tu sillonnes le monde entier de part ton travail. Peux-tu nous dire dans quel pays tu retrouves le plus d'engouement chez les DJ's?

Pour ce qui est de l'electro, les DJ Anglais et Allemand ont des années d'avance. Pour ce qui est de la production, les Américains et les Français sont excellents et pour ce qui est du turntablism', je crois vraiment que l'avenir est en France.


HC: Un mot, une réponse ou une phrase.

- DMC WORLD 1998

Le summum! Encore considéré par toutes les branches internationales des DMC comme la meilleure organisation, le meilleur public et le meilleur championnat de l'histoire. Comme quoi, une fois dans ma vie j'aurais organisé un DMC à la perfection.
Ne vous faites pas d'illusion, cet exploit ne se reproduira plus.

- Crazy B

Mon Amour, mon champion, mon fils, mon père. Que dire? Crazy B, c'est la perfection à l'état brut.

- Birdy Nam Nam

Rock'n'roll ! Les Pink Floyd du Turntablism'. Le groupe le plus talentueux. Les voir en concert me donne toujours des frissons.

- C2C

Et un, et deux, et trois, et quatre! C2C c'est un peu les Beattles du Turntablism'. La première année, j'étais tellement dans la Birdy mania que j'avais un peu de mal avec leur style. D'année en année, j'ai appris à les apprécier et à les respecter. Rarement je n'ai vu un groupe réussir à créer autant l'unanimité autour de lui, dans les publics les plus variés. Travailler avec eux, avec Ortofon est un réel plaisir. Respect à eux quatre et à leur manager Yann.

- CCF

CC quoi ???

- Netik

Un champion hors normes. Il décide, il vient, il gagne. Un regard d'amour lorsque l'on débouche le champagne et que l'on se dit "Putain Champion du Monde!"


HC: Tu écoutes quoi actuellement comme musique ? Peux-tu nous faire ta playlist (5 titres) du moment ?

1- The Game "ol english"
2- Hurricane "A bay bay"
3- Nelly feat Pimp C & Shone P " Cut it out"
4- Destiny Child "Survivor"
5- Fifty Cent "...

.... Non je déconne je n'écoute pas de RAP depuis NTM "J'appuis sur la gachette" et Fabe feat Dee Nasty "pour toi mon frère le beur"

Donc mon vrai TOP5

1- Peter von Poehl " Going to where the tea trees are " (Lp)
2- Vasco Rossi (all Lp's)
3- Pink Floyd "Dark side of the Moon"
4- Bebo & Cigala " Lagrimas negras " (Lp)
5- Bob Marley " Coffret Anthologie "


HC: Ton top 5 movies ?

1- "L'homme qui aimait les femmes"
2- "La grande bouffe"
3- "Naked"
4- "Los lunes al sol"
5- "Les enfants du Paradis"


HC: Ton DJ du moment ?

Missill


HC: Un petit mot concernant les prochains DMC France ?

Bougez-vous le cul pour venir le voir en Live plutôt que d'attendre les vidéos.
Vu la qualité et la motivation des participants, ce championnat 2007 ne peut être qu'un excellent cru.


HC: Merci Mr Le Président.

Merci Mr.Style


(après réception de sa photo sur ma boite mail)
HC: Euh..... Dernière question. Une explication pour le choix de cette photo? Fallait oser!

Tu m'avais demandé une mise à nue, en voilà une.
De plus on ne peut pas mettre Colleen Shannon à nu sur Ortofon DJ News (et etre taxé de mysogine) sans pouvoir le faire soi même.
D'ailleurs pourquoi cette question , tu ne trouves pas que je ferais un beau rugbyman?! (ahahahaha).

Propos recueillis par Mr.Style pour Hand-Control.com
Source

jeudi 16 août 2007

Pedro Winter aka BUSY P


En parlant de Daft Punk, et pour aussi un petit peu parler d'électro, voici une interview de PEDRO WINTER aka BUSY P que j'avais trouvé sur internet et qui est très bien réalisée.
Pedro Winter qui n'est autre que le manager de Daft Punk depuis 10 ans, et aussi le fondateur du label Ed Banger, label qui s'impose de plus en plus sur la scène électronique internationale avec des artistes comme Dj Medhi, Justice, Uffie, Feadz, Mr Flash, Mr Oizo ou encore Sebastian

L'interview date du 05/12/2006 et provient du site www.90bpm.net

Comment en es tu venu à fonder Ed banger?

P: Le label n' est pas très vieux. Ca a commencé en 2003. Avant ça, j'avais commencé une boîte de management que j'ai toujours, puisque ça fait un peu plus de 10 ans maintenant que je suis manager de Daft punk, et que au fil du temps j'ai voulu monter ma propre société. Après j' ai monté ma boîte pour m'occuper d' autres artistes comme Cassius, DJ Mehdi, Cosmo Vitelli, DSL. Puis finalement je me suis rendu compte que manager plein d'artistes était cool mais que ça prenait beaucoup de temps et d' énergie, donc j'ai préféré me concentrer sur un nouveau rôle qui me tenait à coeur : producteur de musique, et donc de monter ma propre maison de disques en 2003 Ed banger records, sur lequel j' avais envie de signer que des jeunes artistes, qui n' avaient encore jamais sorti de disque: de la chair fraîche.

L'esprit du label est dans la parfaite continuité des soirées Espionnage, ce crossover entre hiphop et électronique.

P: Complètement, la preuve: avec Mehdi on va fêter nos 10 ans de vie commune l'année prochaine, puisqu' on a commencé à bosser ensemble en 97 avec Espionnage. Et Feadz bien évidemment qui est en train de devenir doucement mais sûrement le dj officiel de Ed banger, avec qui on mixait aussi à l' époque, avec Mehdi, sous le nom de Espionnage sound system. Nous trois, on essayait de mélanger tous ces styles, tous ces genres. Moi en invitant Mehdi dans mes soirées branchées parisiennes ou électroniques, et lui vice versa, en m' amenant dans ses soirées hiphop, donc oui je suis intéressé par ce mélange. En 95 je faisais des soirées où je mélangeais hiphop et house à l' époque. On nous prenait un peu pour des fou furieux, pourtant ça se passait plutôt bien. Je vais utiliser des phrases bateau mais on utilise les mêmes machines, il y a tellement de points similaires. Après en dehors des préoccupations sociales qu' a le rap, qui sont plus qu' importantes dans cette musique-là, qu' on n' a pas nous dans la musique électronique qui est une musique plus festive, nous aussi - dans la techno plus que dans la house - on a des revendications politiques et sociales importantes, à Détroit ou Chicago, on ne va pas faire de dessin.

Peux-tu parler des connivences entre le rap et des gens de la première french touch comme Dimitri avec Stetsasonic, Jess & Crabbe, Zdar etc ?

P: Dimitri et Stetsasonic, c' était une collaboration pour Tommy boy qui fêtait les 20 ans du label, ou quelque chose comme ça. Jess & Crabbe, complètement, c' était des fans de Chicago. D' un côté Jess était Dancemania, Chicago, et l' autre était b-boy, graffiti artiste. Ils avaient un son bien à eux, qu' ils n' ont, je trouve, malheureusement pas réussi à développer. Peut-être qu' ils étaient entre deux mouvements, fin de la première vague french touch et début de la nouvelle. Dimitri est un bon exemple, puisqu' au début de NRJ, il mixait du hiphop avant de mixer de l' électro. Comme beaucoup: Zdar et Boombass qui faisaient des trucs pour Solaar à l' époque, avec Mehdi qui a participé sur le premier ou le deuxième album de Solaar. Même Bob Sinclar était un dj de hiphop, et même le grand David Guetta était le grand défenseur de la cause hiphop à l' époque.

Comment est vu le label du point de vue de la scène électronique et du hiphop justement ?

P: Encore une fois, on est tout jeunes, on a que 3 ans. Au niveau de la musique électronique, tout le monde a l' air de nous faire plutôt confiance, et de nous suivre dans nos choix et nos goûts, et dans le fait qu' on amène quelque chose de frais. Entre 2001 et 2005, il y avait vraiment beaucoup de fausse house filtrée, de faux labels qui se cassaient la gueule. Dans le milieu électro, on est plutôt bien accueillis et plutôt bien acceptés. Nos disques sont pas mal distribués et joués: c' est le principal. Après dans le hiphop, je pense qu' on est un peu des ovnis, c' est peut-être un peu violent comme musique pour eux. Maintenant il y a des mecs du hiphop qui se retrouvent un peu chez nous, puisqu' on sort un disque de Mr Flash avec un featuring de TTC, Mehdi qui fait partie de la famille, SebastiAn qui intrigue tout le monde avec une vibe hiphop et qui pourtant tabasse. Je pense qu' on est plutôt bien vus dans les deux familles, et moi personnellement, j' ai envie d' être bien vu dans les deux camps.

Ton background hiphop ?


P: Ca a commencé avec Run DMC en 89. J' étais en pension et j' avais un poster de Run DMC dans mon dortoir. J' avais acheté leur disque. La réelle prise de conscience s' est faite à ce moment-là. Après bien évidemment en tant que petit blanc et skateur, les Beastie boys ont changé ma vie. J' aime particulièrement les beats et les musiques. Plus que les mcs, ce sont les producteurs qui m' ont touché. Je suis moins fanatique de Common et Talib Kweli en tant que mcs, mais par contre Timbaland, Premier, Hi tek, Jay dee: toute cette clique-là me parle carrément. Je pourrais écouter des disques entiers de hiphop instrumental.

Peux-tu parler de tes influences dans la gestion et l' identité artistique de ton label.

P: James Lavelle c' est l' image et la puissance artistique, qu' il a lui imposée dans les années 90. Je n' ai pas la prétention de faire la même chose. En tout cas j' espère qu' on laissera le même genre de goût dans la bouche des gens. Après je suis le plus mauvais gestionnaire de la terre je pense, c' est à dire que j' ai monté mon label sans aucun business plan, et je continue à avancer comme ça. Je sors des disques sans faire de tableur, sans prévoir les rentrées et sorties d' argent.

Les disques de Krazy baldhead auraient même leur place sur Mo'wax, pas que dans un club.

P: Bien évidemment, depuis le début j' ai envie de sortir des disques qui ne sont pas forcément que des tubes de club ou des morceaux faciles. Le premier disque que j' ai sorti sur Ed banger, c' était Mr Flash "Radar rider", qui est tout sauf un morceau jouable en club, ou facile à l' écoute, une espèce de DJ Shadow.

Il y a des artistes que tu voudrais signer ?

P: Là je t' avoue que je n' ai plus trop envie d' en signer, parce qu' il faut qu' on se concentre un peu avec ceux avec qui on s' est engagés, avec qui on a envie de sortir des disques. J' espère que la musique est une énergie renouvelable. Il y aura toujours des nouveaux kids qui arriveront avec des sons de folie. Avant de signer Uffie, je m' étais dit que je ne voulais plus signer d' artiste. Quand j' ai écouté, ça m' a pris quatre secondes pour lui dire de monter dans l' autobus Ed banger.

Comment expliques-tu le succès d' Uffie?

P: J' aime bien relativiser un peu les choses. On va approcher les 5000 vinyles. Il y a un succès, une attention, il y a beaucoup de vent et de bruit autour d' elle. Maintenant il faut qu' on vende des cds, il faut qu' elle tourne, qu' on écrive une histoire. Ca fait six mois qu' elle existe, demain tout peut s' arrêter, donc on a encore pas mal de boulot à faire. Après, ce qui fait une part du succès, c' est que ce soit une fille. Les gens mettent un visage un peu sexy sur un artiste. Le mélange mc hiphop et électro, ça parle aux jeunes de 2006. Oizo et Feadz: l' alchimie est parfaite.

Les points forts de SebastiAn et Justice ?

P: Leur force c' est d' avoir su bien digérer toutes leurs influences musicales, et d' en avoir ressorti un truc un peu hybride. Les clubbers se retrouvent dans SebastiAn alors que c' est tout breaké, jamais très droit, et en même temps tous les hiphopeux se retrouvent là-dedans en se disant qu' il arrive à faire des trucs sur lesquels on saute partout. C' est uptempo, nous on aime les trucs à 90 bpm justement, et là on est à 120/130, et les mecs pourraient limite rapper dessus. Il vient du hiphop, puisqu' il faisait des sons avec Narcisse, d' une jeune clique de La Cliqua justement. Justice leur force, je m' emballe un peu, mais je pense que ce sont des petits génies de composition et de production, qui savent super bien travailler le son. Ils sont en plus multi-instrumentistes, et ont ce talent d' écriture de la musique.

So me : l'image du label.

P: On s' est rencontrés avec So me en 2002 pour faire le site de mon ancienne société. Quand j' ai monté le label, il était là dès le début. Je lui ai donné carte blanche pour faire l' identité du label. J' avais déjà une petite idée derrière la tête, j' étais attiré par les dessins à la main dont j' aimais bien le côté naïf. Pas forcément le graffiti même si j' ai bien sûr été touché par le graffiti en tant que jeune Parisien. So me a sauté dans l' aventure avec moi et c' est lui qui s' occupe de tout l' aspect visuel. Il m' arrive très rarement de lui demander de refaire des choses. C' est les oreilles du label et moi les mains du label.

T'écoutais quoi en rave à l'époque ?

P: En 92, c' était assez triste comme musique à cette époque-là: c' était Liza N' Eliaz, Polygon window avant qu' il s' appelle Aphex twin. C' était assez rapide, assez brutal, à la limite de la trance. Pour arriver à découvrir la musique électronique un peu plus pointue, tu rentres par les portes un peu plus faciles de la trance. Je me suis bien amusé pendant deux trois ans à sortir tous les week ends, à prendre des navettes. Ca m' a un peu saoûlé à la fin, d' être perdu au Bourget à sept heures du matin, et ne pas savoir comment rentrer chez moi. J' ai poussé les portes des night clubs parisiens en me disant qu' il y avait une musique un petit plus subtile, la house music, juste en bas de chez moi: finies les galères et les navettes.

Ton avis sur la démocratisation récente des musiques ghetto - bien qu'en place depuis un moment pour les formes de bass music -, vu que Funk fait désormais partie de la famille ?

P: C' est un cousin issu de germain. Il a fait un remix pour le single de Justice. Il fait partie de ces gens de Chicago qui ont influencé les gens de la première french touch et de la deuxième: Surkin ne jure que par Funk. On l' a fait venir deux fois, et à chaque fois, c' était assez magique et assez fou. Par rapport à tout ça, je trouve ça très bien: encore une fois ce sont des musiques festives. Mieux vaut tard que jamais, la miami bass n' est peut-être pas grand public. Peut-être avec Lil' Jon, et tout qui ont des petites influences. C' est comme la baltimore. Je ne suis pas sûr que les petits jeunes de la Star ac y comprennent quelque chose. Même moi, j' ai découvert la baltimore, il y a un an ou deux, avec Kazey. Je lui avais fait l' affront de lui dire que j' aimais bien ce truc un peu jungle. Il m' avait regardé et il m' avait dit: "Non. C' est de la baltimore." On en entend un peu plus parler, mais ce n' est pas non plus encore la musique des jeunes.

Tu scratches ?

P: Mais je suis une brute en scratch!

A quand la battle Ed banger BNN ?

P: Pone, Lil' Mike, je les prends tous un par un ! Blague à part, je suis vraiment fan et à chaque fois étonné par ce qu' arrivent à faire les mecs. Je ne suis pas du tout un pro DMC. Ca me saoûle vite les challenges et compagnie. Par contre dans une soirée, un mec qui arrive à placer ça au bon moment et au bon endroit, ça me parle. Si c' est pour faire un show, c' est joli sur youtube. Mais si ça casse l' ambiance, c' est pas le but du jeu.

Intégrées dans la production les coupures peuvent aussi être intéressantes (aux platines, ou pas, comme ton pote chrétien du New Jersey).

P: Todd Edwards c' est pas du scratch. J' ai deux exemples hyper importants dans les disques qui ont changé ma vie: un disque de Motorbass, "Flying fingers" de Zdar et Etienne De Crécy, un morceau de techno, dans lequel Jimmy Finger, qui était le dj de Mc Solaar à l' époque, scratche sur toute la séquence, et un autre truc de nu american soul avec Jazzy Jeff qui scratche comme un instrument, et que Kenny Dope et Louie Vega avaient utilisé.

Les disques de tes amis sont pas mal utilisés ou cités par des gens tels que Nétik ou I Emerge, le savais-tu?

P: J' ai vu ça avec Nétik. C' est bon ça!

L' importance du déguisement dans les dj sets ?

P: Tu parles à un professionnel! J' ai lancé la mode du m&ms il y a quelques années. Evidemment que je suis pour que les djs lèvent les yeux de leurs platines et jouent avec le public, plutôt que les nerds qui regardent la piste se vider.

Ton avis sur le phénomène des sélecteurs ?

P: Si ils arrivent à faire danser les gens sans être des vrais djs, chapeau bas. Il y a tellement de vrais djs qui n' arrivent pas à faire danser les gens. Par contre, les petites minettes qui s' improvisent dj, ça me pose problème! (rires)

Tu peux dire un mot sur les liens qui unissent Ed banger ou Kitsuné au Japon.

P: Les Japonais ont toujours été friands de ce qui se passe en France. Après les Etats-unis, c' est sûrement le pays qui les influence le plus: par rapport au goût des choses, à la mode, ils ont toujours été hallucinés par ce qui se passe en France, et musicalement ça a suivi. Nos relations avec nos amis japonais sont en train de se monter de plus en plus. Là on a été pour la première fois avec Justice au Japon, il y a trois semaines, ça s' est super bien passé. On a fait deux grosses dates dans des gros clubs à Tokyo et au Mont Fuji. J' ai eu la chance d' y aller pas mal de fois, notamment avec Daft Punk quand on a bossé sur le film avec Leiji Matsumoto. J' étais fan du travail des gens de Bape, et eux aussi du nôtre. Il y a des dynamiques qui se sont créées. Les Daft ont fait un morceau pour Teryaki boys, eux nous ont fait des paires de baskets, et l' histoire continue comme ça. Uffie part à Tokyo fêter l' anniversaire de BBC Ice cream. Gilda, qui est un ami à moi et qui s' occupe du label Roulé de Thomas, a monté son label avec des copains à lui, dont un Japonais: Kitsuné, c' est un label de musique et de mode, tout ce qu' il y a de mieux pour les Japonais.

Ton opinion sur comment le dernier Daft Punk a été reçu.

P: Comme nous on l' a envoyé, c' est à dire un peu à la tronche des gens. Il y en a à qui ça a plu, et d' autres à qui ça n'a pas plu. On a fait des dizaines de concerts, et les critiques sont de plus en plus élogieuses. Le groupe est toujours là, serein, prêt à faire d' autres trucs. Moi je crois en eux. Après c'est bien dans une carrière d' artiste de ne pas toujours être le numéro un. Qu'un troisième album marche moins bien que les deux premiers, ce n' est pas très grave. J'espère qu' il y aura dix albums de Daft punk et qu' on se souviendra du troisième comme "celui qui a le moins bien marché". Peut-être que le septième album sera moins bien encore. Mais moi je l'aime bien personnellement. Je suis ravi de ce disque brut de pomme. D'ailleurs le fait qu'il ait été joué en concert en live a fait prendre conscience à pas mal de gens de comment ils ont fait cet album, et du côté super répétitif qui fait partie de notre musique.

Ton avis sur ces disques :
l'album de Oizo.


P: C' est cool que F com ose sortir des disques aussi bruts, donc je n' en pense que du bien.

Para One.

P: Je suis plus que content. Je suis éditeur de Para donc je l'aide dans son projet artistique. On n' arrête pas de parler depuis tout à l' heure des influences hiphop et house, voilà un mec qui vient plus du hiphop et qui assume complètement son amour pour le dancefloor et la musique électronique. Il y a plein de citations dans sa musique, notamment à Daft punk, et c' est plutôt bien fait. C'est complètement 2006.

Mehdi.

P: Que te dire de DJ Mehdi, à part mon amour et mon respect pour "Lucky boy". Lui aussi qui comme Para One assume cette ambiguîté d' amour de deux scènes ennemies il n' y a pas si longtemps, et qui sont finalement en train de se retrouver, et qui ne vont plus pouvoir vivre l' une sans l' autre. Il n' y a qu' à entendre Timbaland claquer des trucs à moitié house.

Jay Dee "Donuts".

P: J' ai la chance de l'avoir rencontré en 2002 à Miami. Super cool. Il connaissait très bien Daft Punk et ce qu' on faisait. C'est comme ça qu' on a fait l' échange de remix avec Slum village puisque Jay dee avait samplé un morceau de Thomas sur Roulé, et plutôt que de lui envoyer notre avocat, je l'ai appelé et je lui ai dit que j' dorais ce qu' il faisait, de nous faire un remix, ce qu' il a fait super rapidement. J'adore ce mec, j'aime son freestyle de production, le mec a un son bien à lui, et c'est ce qui fait la différence entre tous les producteurs de rap et lui.

Skream "Midnight request line".

P: Uffie fait une reprise sur ce beat. L' album m'a un peu déçu mais le single est juste fabuleux. C' est du downtempo, voilà du dubstep. J' ai acheté quelques disques, étant fan de musique instrumentale. En soirée, je ne sais pas ce que ça donne. Il paraît qu'à Londres il y a des soirées comme ça. Ca doit être tout lent: du reggae moderne.

lundi 13 août 2007

BNN en tête à tête

Un petit tête à tête avec les Birdy Nam Nam ça vous dit?
Ca dure 13minutes, ça a été fait pour Canal Horizon lors du Canal Sakifo 2007...et c'est bien réalisé
Enjoy!


Birdy Nam Nam Portrait
envoyé par PatchworkProd

Sinon il y a aussi cette autre vidéo interview, mais ne sont présents que Lil Mike & Crazy B. Cet entretient est pas mal dans un certain sens où les deux compères partent un peu en sucette...


jeudi 26 juillet 2007

A-TRAK - All that scratchin' makin me rich


Interview d'A-TRAK effectuée par Sébastien Charlot, et tirée du site internet http://www.brain-magazine.com/

Allez faire un tour sur ce site, il y a de bons articles!


A-Trak – All That Scratchin’ Makin Me Rich


Il n’a que 23 ans et pourtant son nom circule depuis quasiment dix ans dans le monde du turntablism, catégorie scratches techniques. Pas étonnant d’apprendre aussi que son grand frère n’est autre que Dave One, producteur du groupe underground canadien Obscure Disorder, et moitié du groupe funk Chromeo. Vous allez donc tout savoir sur Alain, jeune prodige du scratch, DJ des tournées de Kanye West, de passage en France pour nous montrer ses routines et aller au centre Pompidou voir l’exposition William Klein.

  • Le Début
    « J’ai commencé le deejaying à l’âge de 13 ans, au début c’était des essais de scratches. Ça faisait un an que j’écoutais du hip-hop. Avant j’écoutais des classiques rock comme les Pink Floyd. C’est après des albums comme Check Your Head
    des Beastie Boys que je suis passé du rock au rap, et que j’ai commencé à écouter Pharcyde, A Tribe Called Quest… le ‘golden age’ du hip-hop : 1994. Je pense que si j’ai commencé à scratcher, c’est parce que mon frère, qui jouait dans un groupe, avait un ami qui venait à la maison et qui faisait un peu de scratch. C’est peut-être une des premières fois où j’en ai entendu. Evidemment, je n’avais pas d’équipement, mais mon père avait une platine et j’avais trouvé une technique avec un bouton de l’ampli qui coupait le son ! Mon frère avait 17 ans et sortait en boîte de nuit, et quand il voyait des DJs faire un scratch un soir, il me le ‘chantait’ le lendemain au réveil. Et moi, j’essayais de trouver comment le reproduire, c’était ma source d’inspiration ! J’avais aussi une cassette de DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince, où il y avait une routine live lors d’un show. J’écoutais et j’essayais de recréer, je n’avais jamais vraiment vu de gens pratiquer… »

  • Un Pseudo
    « Mon frère faisait du graffiti, et je me cherchais un nom, alors que je savais que je ne taggerais jamais que sur des feuilles dans ma chambre. Le A, c’est de mon prénom, Alain, et quand j’ai commencé le scratch, je me suis décidé pour A-Trak. C’était le bon nom au bon moment, et ça ne veut tellement rien dire qu’il n’y en aura jamais d’autres ! Je me rappelle que, quand j’étais plus jeune, il y avait deux Kid Koala en Australie et un Craze en Floride, qui jouait du breakbeat, un de ces genres de style électronique que je ne comprends pas ! Il y a le tribal-tech-house ou l’ambient-acid-house, mais le style breakbeat, je n’ai jamais compris ce que c’était !»


  • Les Premiers Flares
    « Le magazine Rap Pages a sorti un numéro spécial DJ avec des interviews des Invisibl Skratch Piklz et de tout le monde. C’était début 96, les DJs inventaient sans cesse des nouvelles techniques, c’était juste avant la grosse explosion du scratch. J’avais acheté, en vinyle, la compilation de Return Of The DJ, avec des morceaux de Babu, et je jouais le disque au ralenti pour essayer de comprendre comment on faisait un scratch. Le flare (une technique de scratch ndlr) venait de faire son apparition, ils en parlaient dans le Rap Pages, et je me souviens du déclic au moment où j’ai compris ce que c’était, grâce à un morceau de Babu. J’ai mis un ou deux mois avant de réussir à le faire. Je voyais juste la combinaison de mouvement qu’il fallait effectuer pour avoir ce son. Ensuite j’ai rencontré un DJ de Montréal, qui s’appelle Didier, puis Kid Koala. Ils me montraient des vidéos, et c’est comme ça que j’ai appris. Tu regardais les compétitions et tu essayais de comprendre les techniques. Kid Koala, lui, m’a montré des petits trucs, qui paraissent tellement simples aujourd’hui ! Par exemple, c’était difficile de trouver de bonnes feutrines, Koala était un gars très débrouillard et il achetait du feutre dans des magasins de textile ; il le découpait lui-même, et il m’en avait donné une paire, c’était un énorme cadeau à l’époque ! C’est comme pour transporter tes cellules. Aujourd’hui, il y a des boites qui existent, mais à l’époque, il n’y avait rien. Koala bricolait ses boites, il prenait des récipients où tu mets tes restes de nourritures, et il collait ses cellules avec des essuie-tout pour ne pas abîmer les diamants. Pour ce qui est de la pratique, je cherchais des techniques dans le sous-sol de chez moi, et je les montrais à mon frère et il me disait ce qui sonnait bien ou non. Mon frère était mon repère objectif, moi j’étais plongé dans mes 3-4 heures quotidiennes d’entraînement…»


  • Q-Bert
    « Un jour, je me suis inscrit au DMC de Montréal, il fallait juste donner une cassette pour y participer. En y allant, je savais que je serais bien placé. J’étais jeune et j’apprenais tout en même temps. C’était facile d’apprendre les nouvelles tendances, les DJs plus âgés n’avaient pas autant de facilité. J’ai gagné le DMC de Montréal, ensuite je me suis entraîné pour le DMC canadien, et à ce moment-là, j’ai rencontré Q-Bert, qui venait faire un show en ville. C’était mon idole, et le tourneur nous a booké ensemble. On a joué et le lendemain on a tourné dans un documentaire qui s’appelle Hang The DJ. On est resté en contact par email. Q-Bert venait de sortir des vidéos qui s’appelaient Turntable Tv, il y faisait des routines avec les Scratch Piklz, ils faisaient les cons et se déguisaient. C’est devenu des objets cultes, tout le monde regardait ça, tout le monde faisait les mêmes jokes.

    Un jour, le manager de Q-Bert m’a envoyé un email en me disant qu’il voulait que je sois dans le prochain Turntable Tv, ça a été un moment déterminant pour moi. Je ne comprenais pas ce que je pouvais leur apporter, je pensais que dans chaque ville il y avait quelqu’un comme moi. Je regardais des vidéos, j’écoutais des disques et j’essayais de reproduire ce que j’entendais… Q-Bert était juge au DMC canadien, et j’ai gagné. Il m’a demandé de participer aux projets des Skratch Piklz c’est à ce moment là que les gens ont commencé à entendre parler de moi. Quand je suis arrivé à la finale DMC, tout le monde attendait le nouveau Scratch Piklz. A l’époque, le DMC avait beaucoup plus d’impact que maintenant, car il n’y avait que cette compétition.»


  • Invisibl Skratch Piklz
    « A l’époque, le groupe comptait Q-Bert, Short Kut, Mixmaster Mike, Flare, D-Style… On a commencé à travailler ensemble, j’étais membre au même titre qu’un autre, je suis allé faire des cassettes avec eux. L’été 96, j’ai passé une semaine à San Francisco, et on a enregistré ensemble là-bas. Tout le monde m’a accueilli à bras ouvert. Quand j’ai fait mon DVD, je me rappelle que Short Cut et D-Style m’ont accueilli comme le nouveau du crew et j’ai fait directement une cassette avec D-Style et deux cassettes avec Q-Bert. Après un an, ça n’était pas facile de continuer à bosser ensemble, car j’habitais à 5000 kilomètres des autres ! Je ne les voyais pas très souvent, je commençais à faire plein de compétitions, eux avaient plus ou moins arrêté cette phase. Ensuite j’ai rencontré Craze, et j’ai intégré The Allies.»


  • Obscure Disorder
    « J’ai commencé à travailler avec Obscure Disorder en 96. On allait à la même école, et mon frère produisait leur son. Ils ont fait leur première démo en studio, et j’ai fait les scratches. Il y avait des scratches sur tous les morceaux. En 97, on a fait une maquette pour sortir un maxi et on n’avait pas forcément un label qui nous correspondait. C’était l’époque du hip-hop indépendant avec Rawkus, Company Flow et Fat Beats qui était le cœur de tout ça. On a réussi à sortir le maxi chez Fat Beats, via notre label AudioResearch. Je voyageais souvent, et je rencontrais les promoteurs. Donc je m’organisais avec eux et je revenais faire des shows avec Obscure Disorder, maintenant que je travaille avec Kanye, je vois que tout ça était une bonne formation ! Tout ce que j’apprenais était vraiment un effort. Dans la scène des compétitions, peu de DJs travaillaient avec des groupes, et je souhaitais vraiment développer des scratches sur des morceaux. La référence c’était DJ Premier, avec des techniques simples qui matchaient tellement parfaitement que personne ne peut les recréer, et les faire sonner comme lui.»


  • Le Mix & La Sélection
    « Depuis cinq ans, je ne fais plus de compétitions. J’ai commencé à me concentrer de plus en plus sur des sets qui allaient plus loin que des routines. En 97, je faisais des shows de vingt minutes, et depuis quelques années, les promoteurs veulent des shows d’une heure. J’ai donc commencé à me pencher sur le mix et la sélection. J’ai appris à faire des shows qui plaisaient à plus de monde, au point que Kanye West m’a engagé. Je me concentre sur des mix avec des morceaux pas uniquement rap, mais aussi electro et funk. En 99, quand j’écoutais les Hot Boyz avec mes amis et que Lil’Wayne avait 13 ans et qu’il n’avait pas mué, on trouvait ça cool, mais quand je faisais un show, il fallait jouer Gangsta. Si je mixe un morceau de rap de 120 bpm, avec un vieux titre electro, puis de la booty-bass et du Daft Punk, tout est relié au hip-hop d’une façon ou d’une autre, au moins par le mix. Il faut juste qu’il y ait une cohérence, je ne veux pas faire de l’éclectisme pur. C’est ça que le iPod a amené à la culture de la musique : d’un coup tout le monde avait un catalogue de deux cents chansons qui vont des 80’s au rock, et dans chaque style il y a deux trois morceaux phares et tout le monde écoute les mêmes !»


  • Innovations & Technologie
    « Peanut Butter Wolf passait des reprises cheap de Michael Jackson dans ses mix, ça se rapproche de ce qui ce fait maintenant. Un peu comme Kid Koala qui a commencé à mixer des disques de polka avec des beats. J’ai du regain d’intérêt pour les sets avec les mash-up (fusion de deux morceaux axu styles très différents ndlr), c’est arrivé à un moment où il ne suffisait plus de surprendre les gens avec la sélection elle-même, il fallait un set innovant. En plus aujourd’hui, la technologie a progressé. Tout le monde utilise Serato et Final Scratch. Tu utilises des vinyles spéciaux qui sont reliés à ton ordinateur, tu peux contrôler une chanson qui est dans ta collection de mp3, et tu peux la scratcher. La musique à laquelle tu as accès pour tes sets est multipliée puissance 10 000. Tu peux aussi jouer ton propre beat, fait le matin, et scratcher dessus le soir. Tout le monde s’est retrouvé avec une grosse sélection, donc les DJs ont été forcés à faire des sets plus créatifs. Tu ne peux plus te démarquer avec des morceaux rares car tout le monde les a !»


  • Bientôt l’Album…
    « Mon album sera Hip Hop bien sûr, ça dépend aussi de ce que tu entends par Hip Hop ! La moitié des morceaux sont des featurings, du rap traditionnel, et l’autre moitié, ce sont des instrumentaux. Toute la production est faite à partir de scratches, ça reste l’élément central de tous mes beats. Je veux que sur une chanson avec un MC, on entende ma présence, que ce soit un morceau d’A-Trak avant tout. Le danger, c’est que ça sente la compilation : mon beat dark, mon beat club… J’ose espérer que l’élément scratch présent soit l’unité entre les sons, que ça reste du A-Trak.»